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Un dimanche à Epureni

août 2, 2008 · Laisser un commentaire

Le soleil, un lac, des vaches, des pêcheurs affairés… Mais pas même un bout de pain à se mettre sous la dent ! Nous nous trouvons tout juste à une quinzaine de kilomètres de Iaşi. Guidés par un ventre criant famine, nous errons de fermes en fermes avec nos quelques mots de roumain « Buna Ziua », pour saluer, « mancat? » pour manger, « mulţumesc » pour remercier… Une femme se démenant à son tour avec ses lointains souvenirs de français nous indique un chemin à emprunter. Nous suivons son conseil et reprenons la route.


A l’horizon apparaît un énorme tas de foin monté sur une petite charrette. A ses côtés se tient un homme, le teint rouge, une casquette vissée sur la tête. Le ventre creux, nous l’abordons et lui demandons un endroit propice à la restauration de nos estomacs en détresse. Simple et généreux, il nous invite à venir ripailler en sa demeure. Ni une, ni deux, nous grimpons en haut de la « caruţa », véritable fantasme d’évasion.


Destination Epureni, village de 800 âmes lové dans la vallée. Censé durer quatre minutes selon Vasile, notre chauffeur du jour, le voyage s’éternise finalement plus d’une demi-heure. Le temps de savourer la balade, sourires béats, et de s’extasier devant les charmes de la campagne, tels des rois dans leur carrosse. Nous arrivons à bonne adresse. Le grand-père nous accueille, se met aux petits soins pour nous : soupe, mămăliguţa (polenta), fromage frais de brebis et moults abricots au menu. Nos ventres s’en trouvent vite repus.


Une fois sortis de table, Vasile nous invite à aller nous reposer dans la chambre. Surpris par une telle proposition, nous lui expliquons que nous ne sommes pas fatigués, à grand renfort de gestes évocateurs et de parlers italien, français, anglais, espagnol… Rien n’y fait. Il insiste. Nous plions. Au bout de trois quarts d’heure de sieste simulée, nous nous éclipsons de la pièce. Vasile, assoupi dans la salle mitoyenne, se réveille. Il nous sert un café, du vin, de la bière, du Coca… Et encore des abricots, à ne plus savoir qu’en faire.


Tandis que notre hôte nous fait la visite de sa propriété, le voisin nous interpelle. « Ciorba (soupe)? » Bien que rassasiés, les mots nous manquent pour refuser l’invitation. Après quelques lampées, nous parvenons à couper court à ce nouveau déjeuner, non sans une certaine gêne. C’est ce moment que choisit la femme de Vasile pour arriver. Elle passe le portail, nous jette un regard, parvient à hauteur du pas de la porte, salue son mari et, soudain, laisse éclater sa fureur. Elle file se réfugier dans la maison, prenant bien soin de claquer la porte au passage. Cris, insultes (nous présumons) fusent dans le foyer.


Vasile tente de la raisonner. En vain. Il sort, penaud, et nous rejoint dans le jardin. Silence. Nous ne savons plus où nous mettre. En un regard, nous comprenons qu’il est temps de partir. Mal à l’aise, notre hôte nous fait signe de le suivre. Nous lui emboîtons le pas. Pour le remercier de son hospitalité, nous l’invitons à notre tour au bar du village où nous rencontrons les « Epurenois ». Dont Cristiano, un roumain tout juste revenu de Malaga en Espagne après trois mois passés sur les chantiers. La nostalgie se lit dans son regard. Il se voit rapidement repartir.


Nous discutons avec lui, le temps que le maxi taxi arrive. Annoncé par les villageois à 16h30, point de véhicule à l’horizon. Le temps passe. 17h, 17h30, 18h… Nous nous impatientons, la perspective d’une nuit chez Vasile et sa femme ne nous enchantant pas outre mesure. Cristiano nous prend alors sous son aile, cherche un chauffeur pour nous reconduire à Iaşi. Personne ne semble être assez sobre dans le village pour nous y reconduire. Encore moins Vasile qui enchaîne les bières… Nous regagnons finalement Iaşi vers 19h, en voiture cette fois-ci, mais nous n’oublierons pas l’hospitalité et la générosité de Vasile, qui a défié sa femme pour deux petits français.


Floriane et Fabrice


PS: Voır les photos de cette journee sur Flickr!

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Mirela, manouche, musique et mystère

juillet 30, 2008 · Laisser un commentaire

Flamonzi, c’est l’histoire d’un roi Roumain qui promit aux Tziganes de leur donner une terre s’ils l’aidaient à gagner la guerre. D’après la légende, jamais le roi n’honora sa dette envers le peuple gitan. Ceux-ci, condamnés à l’errance, se sont depuis dispersés dans le vaste monde, si bien qu’aujourd’hui ils sont présents un peu partout en Europe et sur la terre, sans être chez eux nulle part…

C’est Mirela, chanteuse de 24 ans, étudiante à Iasi en Moldavie, qui m’a contée cette histoire, fable du malheur qui frappa ce peuple.

Aujourd’hui en Roumanie, dire qu’on n’aime pas les tziganes, c’est un peu penser comme tout le monde. Menteurs, voleurs et buveurs invétérés, n’allez pas chercher plus loin : c’est eux, là, dans leurs caravanes. Déguenillés, mendiants et sales, c’est encore eux.

Loin de rejeter cette culture qui selon elle, fait partie du patrimoine de la Roumanie, Mirela voudrait la «comprendre à travers la musique». Avec son groupe de rock, «I hate Mondays», elle explore et redécouvre à partir des textes anciens et mélodies lautari, la musique traditionnelle tzigane.

Poussée par la curiosité et le désir de comprendre le sens des paroles qu’elle chante, elle a voulu apprendre le Rromani, la langue des Rroms.

À Ciurea, où vit une importante communauté tzigane, Mirela a rencontré Alba, une jeune femme avec qui elle a conclu un accord: Alba lui apprendrait sa langue en échange de cours d’anglais. Au début de l’hiver, Mirela s’est rendu compte que leur pacte coûtait cher à son amie, battue par sa famille pour avoir divulgué le secret de la langue des Rroms à une gadjo, une non tzigane.

Mirela se refuse à juger les tziganes ou encore leur manque d’ouverture, car leur charme vient aussi du mystère qui enveloppe leur vie, leurs rites, leur langue.

De toute façon, autant se résigner : le monde de Ciurea semble trop étrange pour être compris. Et même si des centaines de questions assaillent l’esprit, mieux vaut encore ouvrir grand les yeux et la bouche devant ces maisons surchargées et opulentes qui font la fête avec les couleurs comme les robes multicolores des femmes qui y vivent.

Mais la curiosité l’emportant, l’une des premières questions que l’on se pose est: Comment font-ils pour construire ses palais? Les gitans de Ciurea s’occupent essentiellement de «trouver», revendre, échanger du métal. Traditionnellement, ils font partie de la communauté qui fabriquait des seaux, les càblàrari, mais leur métier a évolué avec la société qui les entoure. Les Rroms sont en effet traditionnellement partagés en six sàtrà : les càblàrari, les lingurari qui fabriquent des cuillers en bois, les Xurari des bijous en or, les Xiurari des tamis à farine, et enfin les Ursari, des dresseurs d’ours. Ces derniers, sorte de troubadours à la roumaine, montaient des spectacles de village en village dans toute la Roumanie. À l’aire du passeport et de la propriété privée, la tradition du divertissement est restée, le nomadisme en moins. Les chants et la musique lautari empreints de nostalgie reflètent encore aujourd’hui la douleur d’un peuple dont «la vie est si noire qu’il a besoin de couleurs».

Floriane

Catégories : Roumanie - Iaşi

Iaşi en travaux

juillet 27, 2008 · Laisser un commentaire

Une promenade dans les rues de Iaşi nous révèle aujourd’hui une ville à trois visages.

On rencontre d’abord un vieux Iaşi, témoin de la longue période durant laquelle cette ville fut la capitale de la Moldavie. Ses églises, quelques-unes datant du XIVe siècle, ses édifices imposants, œuvres des architectes portant des noms sonores, ses jardins et ses parcs gardent encore un parfum d’époque…

Le deuxième visage de Iaşi est «ouvrier». Il perce de nombreux quartiers de blocs construits à la période Ceauşescu afin d’abriter les travailleurs venus de la campagne pour faire marcher «la grande industrie de la patrie».

Depuis une vingtaine d’années un Iaşi «des consommateurs» a fait son apparition. Les malls sont les nouveaux centres d’intérêt de la ville. Tout comme les super et hyper marchés. Les grues, visibles partout dans la ville, travaillent jour et nuit pour élever toujours plus d’espaces commerciaux.

Dirigeons nous sur le boulevard Charles I qui traverse le Copou, quartier historique de la ville. Sur ce boulevard, des maisons du XVIIIe siècle, l’Université, l’Académie roumaine sont désormais encadrées par des pizzerias ou des boutiques de téléphones portables. Les grands magasins de la période communiste, qu’on était si habitués à voir vides, abritent aujourd’hui des sièges de banque et des supermarchés qui abondent en produits.

Dans le centre-ville, notre promenade se prolonge sur le boulevard Etienne le Grand, lien entre les deux grandes places de Iaşi. Sur l’une d’entre elles, la Place de l’Union, on voit apparaître entre la librairie Junimea dont le nom renvoie à l’association culturelle fondée au XIXe siècle, et l’hôtel Traian, œuvre de Gustave Eiffel, une pizzeria, chaque soir bondée.

L’autre place, organisée traditionnellement autour du Palais de la Culture, construit sur les ruines de la cour princière, est en pleine métamorphose. Le Moldova Mall, surnommé «le cœur de la ville» a remplacé le «Supermagazin Moldova» (grand centre commercial de la période d’avant 1989). Derrière le Palais s’étale un chantier immense. Dans quelques années un grand ensemble urbanistique multifonctionnel comprenant des espaces pour des activités économiques, de récréation et culturelles, surnommé le projet «Palas», verra le jour.

Pourtant, les habitants de Iaşi ne semblent pas avoir digéré ce nouveau visage de leur ville. Ils parlent encore de Iaşi comme un temple de la connaissance (référence au fait que la première université roumaine fût fondée ici en 1860). Ils évoquent encore la liste d’illustres écrivains et poètes que la région a donnée à la Roumanie au XIXe siècle et voient leur ville comme un grand centre culturel du pays. Mais, ils le font étant assis à une table de fast food et en préférant regarder un film au Mall qu’une pièce de théâtre.

Cristina

Catégories : Roumanie - Iaşi

Ciurea: des palais tziganes en Moldavie

juillet 26, 2008 · Un commentaire

On les aperçoit du train avant d’arriver à Iasi. Sur la droite, des toits en fer ciselé se détachent sur la colline, coiffant des maisons surchargées de décoration. Telle une apparition, ce groupement de petits châteaux farfelus détonne au milieu de la campagne roumaine.

Voici Ciurea, village moldave, situé dans la région la plus pauvre de Roumanie [prononcer «Tchiourea»]. Ciurea, comme la plupart des villages roumains, est scindé en deux: une partie roumaine d’un côté, et de l’autre côté de la voie ferrée, bien en vue sur les hauteurs, une partie tzigane.

C’est là que vivent les Stanescu, ou du moins l’une des branches de cette famille de gitans réputés fortunés. Du plus petit au plus âgé, tous les habitants du village portent le même nom de famille. Ils habitent des villas opulentes, qu’ils entourent de grilles en fer forgé, et

couvrent de fresques ou de couleurs criardes – mais les habitent-ils vraiment? Des gadjis – non-tziganes – nous disent que non, qu’ils dorment à côté et ne s’en servent que pour recevoir, ou comme faire-valoir. Démonstration de richesse, goût pour le luxe ou l’apparence, véritables lieux de vie? Malgré l’amabilité des habitants, nous ne parviendrons pas à visiter de maison, si ce n’est un hall d’entrée tout aussi kitsch que la façade, chacun prétendant ne pas avoir les clefs.

Le contraste est saisissant avec les conditions de vie précaires des gitans que nous avons l’habitude de croiser en France. Entre méfiance et fierté, les Rroms de Ciurea entretiennent un mystère que deux visites ne nous permettront pas de dissiper.

Voici trois rencontres, trois regards croisés sur une communauté à laquelle nous nous sentons bien étrangers.

Entre rêve, cauchemar et réalité

Jupe à fleurs haute en couleurs, cheveux tressés et fichu sur la tête, à l’entrée du village tzigane, une jeune fille vient à notre rencontre. Elle sera notre ange gardien pendant toute la visite de Ciurea. A mesure que nous grimpons sur la colline, au milieu des demeures gigantesques, Brandusa nous conte son histoire.

Il était une fois une petite fille qui, abandonnée par ses parents, grandit dans un orphelinat jusqu’à l’âge de 18 ans. Pendant toutes ces années, elle était habillée comme n’importe quel autre enfant roumain, n’imaginant à aucun instant qu’elle pouvait être différente. A sa majorité, on la ramena à Ciurea. Elle y découvrit sa famille et son identité tzigane. A 22 ans, un homme de la communauté l’enleva, le mariage fut aussitôt prononcé. «Ils se marièrent mais n’eurent aucun enfant…». Brandusa nous avoue même avoir un amant.

On est loin du conte pour petite fille. Histoire vraie ou fabulation d’une enfant malheureuse, peu importe, la réalité est que Brandusa vit ici, mais rêve d’être ailleurs. Si d’un coup de baguette magique, la brouette du jardin pouvait se transformer en avion, elle partirait volontiers en France avec nous.

Mihai, celui qui se prétendait chef du village

Mihai Stanescu et son fils, Dragus Stanescu, gardent une maison en chantier en bordure de Ciurea. Dragus n’a que 10 ans, mais se marie l’an prochain. La maison lui est destinée. D’après les explications de son père, les enfants d’ici se marient vers 12-13 ans. Les parents du garçon fournissent la voiture et la maison, ceux de la fille 100 pièces d’or.

Les premiers Stanescu de Ciurea seraient arrivés en caravanes il y a une soixantaine d’années et la construction de ces petits palais remonterait à 30 ans seulement. Certains sont inachevés, comme s’il s’agissait de carcasses vides. Les routes sont toujours en terre. La surface moyenne d’une maison: 600 mètres carrés au sol, 1200 mètres carré au total. Mihai justifie les toits en étages en évoquant la mode chinoise, les pagodes sans doute. Avec ses tourelles, ses petites flèches pointées vers le ciel, elle nous fait plutôt penser à certains châteaux roumains.

Des villages de ce type, la Roumanie en compterait plusieurs – entre 3 et 6 selon nos informations, toujours des fiefs Stanescu. Certaines demeures arborent fièrement sur leur fronton le logo de Mercedes, qui s’avère également un prénom très courant pour les filles.

Les habitants de Ciurea ne semblent pourtant pas baigner dans le luxe. Les jeunes, certes, apportent un soin particulier à leur apparence, tels ces deux ados, sourire au coin des lèvres et regard ténébreux à l’appareil photo: tout de blanc vêtus, chemise au col relevé, mocassins au pied, lunettes de soleil, croix en or autour du cou.

Les femmes ont toutes deux longues tresses noires qui leur encadrent le visage, un foulard noué derrière la tête et des jupes fleuries, longues elles aussi. Jeunes, elles pourraient être mannequins; passé l’âge du mariage, elles grossissent irrémédiablement. Les hommes, enfin, portent le chapeau et ressemblent à n’importe quel paysan en habit de travail. Quant à leur travail justement, et à la source de leur revenu: «Ferraille et business», répond Mihai. Nous n’en saurons pas plus.

Lacry, la rebelle

Pas jolie au point d’en être difforme, pas plus haute qu’une enfant de 10 ans, pas mariée, pas habillée comme les autres filles… Bref, pas comme les autres. Lacry, 30 ans, part en Suisse rejoindre sa troupe de cirque dans quelques jours.

Mise à l’écart par sa malformation, elle ne s’est pas mariée à l’âge ou d’autres jouent encore à la poupée. Et puis, quand on ne peut pas plaire, a quoi bon porter ces longue robes colorées qu’elle dit ouvertement détester? Loin d’en être affligée, elle semble s’épanouir dans ce rôle qu’elle s’est forgé, comme une réponse psychique à sa différence physique. Dénuée de charme mais dotée d’un caractère bien trempé, «Lacry la rebelle» veut parler et non paraître, se sent moderne et, summum de sa rébellion, porte des pantalons.

«Regardez comme elle est jolie, c’est la plus belle!»: Lacry exhibe fièrement sa nièce, prénommée Gardina (Jardin). Vêtue d’un orange chatoyant, jupe longue et décolleté plongeant, la belle plante du village reste muette et se cantonne à son rôle de potiche. Tout le contraire de Lacry, un moulin à paroles qui baragouine dans quatre langues, en plus du roumain et du Rromani (la langue des Rroms). Toujours sur le départ, Lacry clame fièrement sa désobéissance aux règles. Contre la volonté de son père, pourtant chef du village, elle est partie de chez elle assez jeune pour rejoindre une troupe franco-algérienne. Pendant huit ans, elle a tourné en France, en Italie, au Portugal. Lorsqu’elle rentre au bercail, elle loge chez son frère et non chez ses parents.

«Je n’aime pas cet endroit», ne cesse-t-elle de répéter. Elle s’apprête à repartir dans quelques jours pour la Suisse. Fuyant le destin tout tracé des femmes de Ciurea, elle invente son propre chemin à mesure qu’elle voyage, à rebours d’une communauté fermée sur elle-même, méfiante face à l’étranger et rétive au changement.

Histoires racontées par Anna, Charlotte et Floriane

PS: voir les photos de Ciurea sur Flickr!

Catégories : Roumanie - Iaşi

Cinéma roumain: salles en crise, réalisateurs brillants

juillet 26, 2008 · Laisser un commentaire

Depuis la fin du communisme, le phénomène de désertification des salles de cinéma en Roumanie ne cesse de s’amplifier. Paradoxalement, la nouvelle vague de cinéastes annonce le retour d’une période faste pour le cinéma roumain.

Jeudi soir au cinéma Victoria de Iasi – mille places et seulement un spectateur dans la salle. Sans notre présence, la projection du film «Las Vegas 21» n’aurait pas eu lieu, un minimum de deux spectateurs étant requis. Avec un prix d’entrée de 8 Lei (soit près de 2 euros), la séance n’est pas rentable. Les entrées suffiront à peine à couvrir les frais d’électricité.

A Iasi, les trois cinémas étatiques, le Victoria, le Republica et le Dacia vivent la même crise. Les salles combles de la période communiste ne sont plus qu’un lointain souvenir. Il faut dire qu’à cette époque le cinéma était l’un des seuls divertissement offert à la population, une distraction qui restait néanmoins très contrôlée. Chaque jour, les sièges sont désertés un peu plus. Après deux heures passées sur un fauteuil inconfortable, peinant à comprendre les dialogues du film étant donnée la mauvaise qualité du son, il est facile d’imaginer que le spectateur préfère rester devant sa télévision, son ordinateur ou encore aller au cinéma dans un mall.

La concurrence des cinémas nouvelles technologie

Depuis 2007, deux cinémas ont été construits dans des malls, ces grands centres commerciaux de Iasi, des concurrents supplémentaires pour les cinémas étatiques, qui souffraient déjà de la démocratisation d’Internet et du téléchargement.

A présent, les supers productions américaines monopolisent tous les écrans de la ville, au grand désarroi de Paulina Breaur, directrice du Republica. Malgré sa fonction, Paulina n’a aucun droit de regard sur la programmation de son cinéma. A Bucarest, la société Romania Film gère la distribution de tous les cinémas d’Etat. Pour Paulina, seule une spécialisation dans le cinéma d’art et d’essai et l’organisation d’évènements culturels permettraient aux cinémas étatiques d’attirer à nouveau le public. Mais cette vision ne semble pas partagée, voire même envisagée, par les autorités du pays.

Une nouvelle génération de cinéastes engagés

Pourtant ce n’est pas la matière qui manque en terme de films d’auteurs. Depuis les années 2001, une nouvelle génération de cinéastes roumains réalisent chaque année des oeuvres engagées et de qualité. «Ryna» de Ruxandra Zenide, plonge le spectateur dans la dureté du quotidien des habitants du delta du Danube: pauvreté, alcoolisme, corruption… Récompensé en 2007, par la Palme d’or à Cannes, Cristian Mungiu aborde dans son film «4 mois, 3 semaines et 2 jours», le sujet de l’avortement pendant la période communiste. Autre style… Dans «A fost sau N-A fost», Corneliu Porumboiu a choisi de traiter sur un ton comique, voire ironique, la révolution. Ces jeunes réalisateurs très prometteurs ont reçu les honneurs de nombreux festivals et la reconnaissance du public, un public……… plus étranger que roumain.

Anna

Catégories : Roumanie - Iaşi

Des foyers dégradés mais convoités

juillet 21, 2008 · Laisser un commentaire

Au cours de notre périple, nous avons logé quelques jours dans une résidence universitaire de Iaşi, pincipale ville de la Moldavie, dans l’est du pays [prononcez "Iach"]. La ville étudiante par excellence. Chambres surpeuplées, sanitaires dans un état déplorable, musique jusqu’à trois heures du matin… Comment peut-on décemment étudier dans ces conditions ?

Les places en résidences sont très recherchées malgré leur mauvais état. Attribuées sur mérite, elles béneficient seulement aux meilleurs étudiants de chaque promotion. «En dessous de 7, parfois même de 8 [sur 10] il ne faut pas espérer avoir une chambre», explique Cristina, étudiante en sciences politiques. En théorie du moins … En dessous de 7, il peut être utile de connaître l’administrateur et de lui verser un pot de vin… La corruption semble chose courante dans les foyers.

Chaque université gère ses propres résidences. Ici encore, deux poids deux mesures. Les universités de polytechnique – appellées ici «La Polytechnique» – ont beaucoup plus de résidences que celles où l’on enseigne les Humanités. Un héritage du régime communiste qui avait particulièrement mis l’accent sur la formation de ses ingénieurs. Les étudiants de polytechnique sont ainsi presque tous assurés d’avoir une place en résidence.

La plupart des foyers comptent des chambres de quatre ou cinq personnes. Rares sont les chambres de deux, inexistantes sont les chambres individuelles. Oana, étudiante en journalisme, a vécu dans une chambre de cinq durant ses deux premières années universitaires à Iaşi. «Heureusement, j’ai pu être avec de très bonnes amies», explique-t-elle. Alin, étudiant en informatique, n’a pas eu la meme chance et a dû quitter la résidence tellement il ne s’entendait pas avec ses colocataires.

Dans ces conditions, quels avantages y a-t-il à être dans une résidence universitaire ? Les loyers, tout simplement, qui y sont vraiment minimes. A Bucarest, une place dans un foyer coûte entre 25 et 30 euros par mois. En comparaison, un studio à Bucarest coûte dans les 400 euros par mois ! Certes, Bucarest est une ville très chère en ce qui concerne l’immobilier. Pourtant, même à Iaşi, les loyers varient du simple au double entre résidences et appartements. Comptez entre 30 et 100 euros en foyer – la chambre à 100 euros bénéficiant du tout confort avec frigo, Internet et salle de bain privée inclus – et une moyenne de 350 euros pour un logement en ville.

Les étudiants roumains s’estiment donc très heureux d’obtenir une place en foyer et l’améliorent par leurs propres moyens. «On a tout nettoyé, repeint les murs et apporté nos propres meubles… Presque tout le monde fait ca», raconte Cristina.

Ainsi, le logement étudiant reste une question difficile en Roumanie, ce qui explique aisément pourquoi les etudiants en ont fait une de leurs principales revendications (cf. article précédent).

Jessica

Catégories : Roumanie - Iaşi