Regards avisés de jeunes volontaires civils turcs sur la question de l’adhésion de leur pays à l’Union Européenne
Si l’Europe se pose nombre de questions quant à l’adhésion de la Turquie, ici aussi le débat est ouvert. Le pays connaît depuis quelques années une croissance économique à faire pâlir tout l’ouest du continent européen et les opportunités sont nombreuses pour la jeunesse turque. C’était Mustapha Kemal Atatürk qui avait engagé la Turquie sur le chemin de l’Europe lors de la reconstruction du pays après la dislocation de l’empire Ottoman. Où en est la jeunesse aujourd’hui?
Je suis un citoyen de seconde zone.
Entrer dans l’UE, pour Volkan Pirincci, étudiant de 21 ans et volontaire civil à l’association TOG [Toplum gönüllüleri, littéralement communauté de volontaires, elle compte environ 10 000 adhérents], c’est avant tout un moyen de simplifier les papiers nécessaires pour voyager hors de la Turquie. «Aujourd’hui pour un Turc, c’est long, cher et compliqué de voyager. Si je veux aller en Grèce en vacances, cela me coûte environ 40€ de transports et 60€ pour un visa que je dois demander plusieurs mois à l’avance.» Volkan rêve de pouvoir faire comme les nombreux volontaires européens que son association accueille : pouvoir partir rapidement sans devoir payer un visa souvent plus cher que son billet de train.
Mais la question du visa dépasse le simple frein à la mobilité. Pour Umut Karapece, volontaire très engagé de 22 ans à la même association, cette différence marquée avec les citoyens européens est une véritable humiliation. «Quand je fais une demande de visa dans les ambassades européennes, je dois remplir des questionnaires me demandant si je fais partie d’associations en lien avec des activités terroristes ou si le but de mon voyage est de m’installer définitivement en Europe. On ne pose pas ces questions aux autres européens. Je ne veux pas quitter mon pays, juste faire un peu de tourisme. Pour l’Europe, je suis un citoyen de seconde zone, un danger potentiel.» Révolté contre cette Europe qu’il voit inexorablement le mettre à l’écart, il préfère s’en passer : «peut-être que les Turcs veulent de l’Europe, moi je n’en ai pas besoin. J’ai ici tout ce qu’il me faut. Je suis très critique sur la situation de mon pays, mais je travaille pour qu’elle s’améliore.» Ces jeunes, engagés dans des programmes sociaux subventionnés par l’État sont très loin de l’image d’une jeunesse qui n’a pour seule solution que de quitter son pays.
S’ouvrir à l’ouest, se fermer à l’est : droits de l’homme ou pétrodollars
Comment vouloir d’une Union qui ne semble pas vouloir de vous ? La question est d’autant plus d’actualité pour Volkan Pirincci qu’en ces temps de pénurie de pétrole, les pays voisins à l’est ont des
arguments convaincants. «Partager nos frontières avec les pays de l’Union serait une bonne chose pour nous en terme de mobilité. Mais cela reviendrait à fermer les portes à l’est, alors que nous avons avec la plupart d’entre eux de très bonnes relations et d’un point de vue plus pragmatique, là-bas, il y a du pétrole…» Quelque peu déchiré entre est et ouest ? Serait-ce là la délicate place de cette zones frontières ?
Mais alors, pourquoi l’Europe ? La question fait sourire ici tant elle trahit notre nombrilisme européen. «L’UE peut nous être d’une grande utilité pour aider notre pays à progresser en matière de droits de l’homme et à moderniser nos infrastructures» répond Volkan. «Mais pour moi, l’Europe ou autre chose, peu importe. Finalement ce qui compte c’est l’avenir de mon pays.»
Stanislas
Août 2008


